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Natacha Clitandre, Spectrographies du territoire

Par Paule Mackrous

 

Pour son œuvre Spectrographies du territoire, l’artiste Natacha Clitandre fait de la vitrine un lieu de relais, une étape de l’expérience de l’œuvre. Chaque élément qui s’y trouve pointe vers un aspect de l’œuvre que nous sommes invités à explorer aussi bien en ligne que dans le monde sublunaire. À l’invitation de TOPO, l’artiste a investi un territoire, celui qui se trouve géographiquement en plein centre de la ville, soit le campus MIL. Aux abords de ce centre convergent quatre quartiers en mutation : Mile-Ex, Parc-Extension, Outremont et Ville Mont-Royal.

D’entrée de jeu, on aperçoit, sur un grand papier, une citation de Michèle Prats et de Jean-Pierre Thibault. Celle-ci donne le ton en ce qui a trait à la démarche de l’artiste, à son approche du territoire. On y parle d’un lieu fait de « matérialités diverses et de regards multiples ». Lors de ses déambulations, l’artiste a interrogé les habitués des lieux pour recueillir différents types de témoignages écrits, photo et audio que l’on consulte en ligne sur une carte interactive. Dans la vitrine, ces témoignages sont résumés par de courtes phrases qui défilent sur un écran. La couleur de fond change selon qu’il s’agit d’un récit, d’un souvenir, d’une référence historique, d’un commentaire, d’une anecdote, d’une création ou d’une observation. Le spectre est large parce que, comme l’écrit France Guérin-Pace au sujet du sentiment d’appartenance et des territoires identitaires : « si certaines personnes se définissent plus volontiers par leur appartenance géographique, d’autres mettent en avant leur situation familiale, leur métier, etc.[i] »

Trois photos tirées du site web sont disposées dans la vitrine. Elles engendrent chacune une temporalité précise. L’une met en scène une petite maison ancienne, vestige de Parc-Extension qui sera bientôt détruite. Elle incarne le passé. Une photographie de chaises empilées dans un centre communautaire pointe vers le présent, alors que l’image du chantier du futur campus MIL oriente le regard vers le futur. Cette dernière annonce de nouvelles rencontres, de l’effervescence, de la création, mais, aussi, de la destruction et de l’embourgeoisement. À l’aube de ces grands changements, les habitants racontent leur lien avec ces lieux imprégnés de souvenirs, d’affects, d’attachements particuliers, mais aussi d’histoire, de temps qui passe. Parfois, on se projette dans le futur, on expose ses craintes, on énonce ses désirs, on clame son enthousiasme. Autrefois, on est plutôt nostalgique.

Il n’est pas anodin que l’adresse du site web se trouve inscrite sur un socle jaune, sur lequel aucun objet ne repose. Cette absence suggère les multiples regards qui font partie de l’œuvre, mais surtout du territoire. Pour connaître un endroit, il faut non seulement l’habiter et se laisser habiter, mais il faut aussi aller vers ces gens qui le forgent jour après jour. Avec Spectrographies du territoire, le territoire se libère de son caractère « juridique » et devient peu à peu un site, un espace où l’action est rendue possible, pour reprendre la posture d’Anne Cauquelin : le site, dont les habitants font entièrement partie, est quelque chose « qui n’est pas vu, mais qui donne à voir.[ii]»

 

[i] France Guérin-Pace,  « Sentiment d’appartenance et territoires identitaires », L’Espace géographique, vol. tome 35, no. 4, 2006, p.299

[ii] Anne Cauquelin, Le site et le paysage, Paris, Presses universitaires de France, 2002.

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Daniel Iregui, Close Far Away

Paule Mackrous

 

À l’intérieur de la vitrine : de la lumière, des volumes, des couleurs. À sa surface, une grille oriente le regard vers un point focal; c’est le point de vue idéal suggéré par l’artiste pour appréhender son œuvre Close Far Away. En son centre, on y expérimente une image tridimensionnelle en mouvement, une image sonore aussi, au cœur de laquelle aucune cristallisation ne saurait satisfaire un désir de saisissement.

Difficile de ne pas penser à l’histoire de la peinture ici, de la Renaissance italienne au minimalisme américain en passant bien sûr par l’art numérique. L’image comporte un « temps complexe », écrivait Georges Didi-Huberman, ses mouvements nous obligent à la « penser comme un moment énergétique ou dynamique [i]». Cette particularité de l’image est exacerbée par le fait que la lumière, changeante, en devient le principal matériau. Comme chez les peintres flamands et néerlandais, la maitrise de la lumière et de ses contrastes permet à l’artiste de générer des vecteurs, des mouvements et des couleurs. Ceux-ci ne se sédimentent qu’en apparence pour faire apparaitre momentanément des formes géométriques, façonnant un espace indéfini. Le travail d’Iregui engendre des « états visuels particuliers », pour reprendre une expression de Donald Judd, en ce qu’il attire l’attention sur le registre de la plasticité. Celui-ci se définit comme « l’organisation de la perception » tout juste avant que vienne la « nomination, par analogie, de cette perception [ii]». Autrement dit, c’est l’expérience du monde avant que vienne l’identification de ses objets. On croirait y entendre raisonner les mots de l’architecte Mies Van Der Roe qui, avec son « Less is More », cherchait à créer des espaces empreints de neutralité, voués à la contemplation. Ce sont également les œuvres minimalistes d’un Malevitch évoquant le caractère infini de l’espace, aussi bien que les sculptures lumineuses in situ de Dan Flavin et son entreprise de dématérialisation de l’espace qui viennent à l’esprit.

Le brouillard, généré à l’aide d’une machine qui projette de la fumée à l’intérieur de la vitrine, insuffle aux surfaces lumineuses du volume, de la texture, de la vie. Ce brouillard rappelle également le sfumato de Léonard de Vinci, une notion vague et volontairement imprécise utilisée par les peintres de la Rennaissance. Selon Alexandre Nagel, « Sfumato describes not merely the appearance of smoke but its disappearance, its imperceptible diffusion in the atmosphere. [iii]» Entre apparition et disparition, le sfumato permet d’atténuer la rigidité de la grille de la perspective linéaire, d’aller au-delà de la rencontre entre la géométrie euclidienne et de la grille cartésienne. S’il représente un savoir-faire chez les peintres de la Renaissance, le sfumato est aussi une manière de voir ou un effet : celui de l’opacité. Qui dit opacité, dit mystère, insaisissabilité. La densité de la fumée, illuminée par les projections et sculptée par leur point de fuite, montre que ce qui se trouve devant nous est à la fois tout près et si loin en même temps (et vice versa). Ainsi, au fil de son expérience, Close Far Away déjoue l’esprit, l’œuvre nous détourne de cette recherche de reconnaissance qui normalement nous propulse devant toute représentation. De l’état visuel, on passe à un état intérieur, méditatif, capable d’accueillir aussi bien l’insaisissable que l’impermanence.

 

[i] Georges Didi-Huberman, L’image survivante : Histoire de l’art et temps des fantômes, Paris, Minuit, 2002, p.45.

[ii] Catherine Saouter, Le langage visuel, Montréal, Éditions XYZ, 2000, p.23.

[iii] Alexandre Nagel, « Leonardo and Sfumato », RES : Anthropology and Aesthetics, No.24 (Autumn, 1993), p.7.

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Stratotype digital-ien – Isabelle Gagné

Texte par Paule Mackrous

 

Crédit photo : Isabelle Gagné

 

Au fond de la vitrine : un paysage aux couleurs et aux formes familières comporte de multiples horizons. Les écrans latéraux laissent imaginer le processus de transformation d’une photographie originale. Jumelée avec d’autres images trouvées sur Google selon une reconnaissance visuelle géomorphologique, la photographie se stratifie et devient « œuvre ». On invite à son tour le passant à sélectionner une photographie de paysage québécois parmi les siennes et à la téléverser sur le site web stratotype.ca. Il la verra quasi immédiatement se transformer dans le grand écran derrière la vitrine. Dans son petit écran, il est libre de la partager à sa guise.

Selon le philosophe Villem Flusser, personne ne pense nécessaire de déchiffrer la photographie parce que tout le monde croit savoir comment en faire. On cadre, on zoome et on oublie l’appareil ou le « black box » pour reprendre les mots de l’auteur[i]; on adopte ainsi l’idée que seul notre regard forge le point de vue que l’on a « choisi ». Pourtant, c’est aussi le dispositif, son histoire et la composition des images précédentes qui fabriquent ce que nous percevons comme un fragment de réel. C’est vers cette inévitable construction du regard photographique que le Stratotype digital-ien d’Isabelle Gagné attire notre attention.

Les images modifiées orientent notre regard à leur surface où nous expérimentons leurs qualités purement formelles. Si les vecteurs horizontaux sont accentués par la démultiplication du panorama, les vecteurs verticaux sont quant à eux soulignés par ce qui ressemble à des dégoulinures. Les images ainsi composées pointent vers les ressemblances avec les autres photographies de paysage. Au fil de l’expérience, ce sont des points de vue sur la nature qui émergent et qui convergent pour former un rapport au monde propre au médium photographique.

Si, d’un point de vue formel, l’image ramifiée déconstruit « l’œil unique [ii]» que suppose la vision perspectiviste de la photographie, au niveau sociologique, cette démultiplication interroge inévitablement l’origine et l’appartenance de l’image. Une fois téléversée, elle n’est ni la propriété du passant ni celle des utilisateurs du web dont les images apparaissent dans le moteur de recherche. Si l’on peut attribuer le résultat des transformations à l’artiste, c’est parce que, dans le flux et le côtoiement, les images se dotent d’une facture singulière. Cette signature est aussi le fruit du code créé par le programmeur, en l’occurrence Paul Gascou-Vaillancourt. Ainsi, le Stratotype digital-ien nous rappelle que l’image est, avant toute chose, une rencontre.

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[i] Villem Flusser. (2000). Towards a Philosophy of Photography. Reaktion Book. p.26

[ii] Erwin Panofky. (1975). La perspective comme forme symbolique. Paris. Minuit. p.42.

 

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Le Site Outremont – friche industrielle aux confins d’Outremont, Parc-Extension, Ville Mont-Royal et la Petite-Patrie – fait actuellement l’objet d’une spectaculaire transformation. 

Afin de capter l’esprit des lieux, l’invitation est lancée aux travailleurs et résidents de ce territoire qui souhaitent nous accompagner dans son exploration. 

 

Racontez-nous une histoire ou une anecdote, formulez un souhait ou partagez votre expérience du Site Outremont. 

 

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INVITATION 

Des activité ludiques d’exploration urbaine sont offertes gratuitement, du 1er au 30 septembre 2017 :

 

• Balades exploratoires / Conduisez-nous sur les lieux de vos récits !

• Parcours / Laissez-nous vous guider et interprétez vos trouvailles sur ce territoire. 

 

Ces activités vous permettront d’identifier un objet ou un lieu qui vous inspire, de le photographier et de lui accoler un bref récit. Notre équipe d’artistes, munie de iPad, sera présente pour vous assister.

Vos trouvailles seront  intégrées à une installation artistique de Natacha Clitandre exposée au Virage ainsi qu’à une carte interactive. 

 

Les activités ont lieu à la date et à l’heure qui  vous conviennent. 
Contactez-nous  et planifiez votre visite dès maintenant !

 

Informations : 

spectrographie.territoire@gmail.com
514-279-8676
www.agencetopo.qc.ca/spectrographies

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Installation interactive en vitrine
Du 8 septembre au 7 octobre 2017
Vernissage vendredi 8 septembre, 17 h

 

 

PHOTOS DE PAYSAGES RECHERCHÉES !
Déposez vos dons photographiques sur stratotype.ca

Robot numérique qui recompose le paysage québécois à partir de vos photographies.

 

Dans le cadre du projet Stratotype digital-ien de l’artiste Isabelle Gagné, qui sera présenté dès le 8 septembre 2017 dans la Vitrine de TOPO, nous faisons appel à la population pour téléverser ses photos de paysages québécois sur la plateforme stratotype.ca. Une première compilation de ce projet web collaboratif donnera lieu à une exposition dans la Vitrine d’exposition de TOPO – Laboratoire d’écritures numériques, à Montréal, du 8 septembre au 7 octobre 2017.

La collecte d’images s’est amorcée en août 2017 avec une résidence de l’artiste dans le cadre des Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie, organisme avec lequel s’est associé TOPO. C’est au Quai des arts de Carleton-sur-Mer que fut inaugurée la plateforme stratotype.ca pour recueillir vos photos de paysages du Québec!

Stratotype digital-ien est un robot informatique autonome [bot] qui recompose de manière aléatoire les images du paysage québécois. Il a pour fonction de transformer les photos prises par l’artiste et recueillies auprès de citoyens. Aux photos originales, le bot ajoute des extraits d’images de nature géomorphologique similaire trouvées sur Google Image, créant ainsi une nouvelle génération d’images. Les images modifiées créent des occurrences visuelles insolites du territoire québécois sur le web et les moteurs de recherche. Ces nouvelles données produites par le robot contribueront à accroître les archives photographiques du patrimoine québécois sur le web. La programmation de ce [bot] est le fruit d’une collaboration avec le développeur web Paul Gascou-Vaillancourt.

Le travail de l’artiste et de son bot sera présenté lors d’une exposition dans l’espace Vitrine de TOPO. Soyez des nôtres au vernissage festif de la rentrée au Pôle de Gaspé, le vendredi 8 septembre dès 17 h, où l’artiste sera présente pour recevoir vos images et vous les remettre transformées sous forme de petites impressions en format carte postale. Participez dès maintenant , offrez une photo et soyez assurés que vous ne verrez plus jamais du même œil… le rocher Percé!

Le projet trouvera son aboutissement sous forme d’exposition lors de la 9e édition des Rencontres en 2018.

Lieu : Vitrine de TOPO / 5445 av. de Gaspé / rez-de-chaussée
Quand : du 8 septembre au 7 octobre 2017
Vernissage : vendredi le 8 septembre 2017 à 17 h 00 / rez-de-chaussée (107-B)

Isabelle Gagné remercie le Conseil des arts et des lettres du Québec de son appui financier, ainsi que TOPO – Laboratoire d’écritures numériques et les Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie pour leur soutien à la production et à la diffusion.

 

Crédit photo : Luc Girouard

Née à Boisbriand, Isabelle Gagné est une pionnière de l’art mobile au Canada. C’est en 2009 qu’elle s’est tout naturellement tournée vers les appareils mobiles comme médiums d’expression artistique. Depuis, elle a présenté son travail dans des expositions individuelles et collectives au Canada et à l’étranger, notamment l’Italie, l’Australie, les États-Unis, l’Angleterre, l’Espagne, l’Allemagne et le Japon. C’est en 2012 qu’elle présente Pixels Fossiles, première exposition solo d’art mobile dans un centre reconnu au Canada. En 2015 son travail est présenté au Mois de la Photo de Montréal. Fortement alimentée par son environnement numérique, l’artiste porte un intérêt particulier au paysage naturel contemporain québécois, marqueur énonciatif du patrimoine. Ses recherches sont multiplateformes. Elle puise sa matière première dans des photos, captures d’écran, et même d’accidents graphiques trouvés sur Internet.

 

À propos du développeur Paul Gascou-Vaillancourt
paulgv.com

 

LES PARTENAIRES

 

 
Le centre d’artistes montréalais TOPO est un laboratoire d’écritures et de créations numériques pour les espaces du web, de la performance et de l’installation. Son mandat est d’incuber, de produire et de diffuser des œuvres multimédias originales qui explorent les croisements interdisciplinaires et interculturels à travers les arts numériques. agencetopo.qc.c   Événement estival annuel, les Rencontres internationales de photographie en Gaspésie font découvrir la création photographique contemporaine et son actualité en occupant un territoire : la Gaspésie. Il y déploie une série d’expositions et d’installations, des événements publics conçus comme un espace de réflexion et d’initiation ainsi qu’un programme de résidences d’artistes et d’échanges avec des festivals d’autres pays. photogaspesie.ca

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Dans le cadre du projet Stratotype digital-ien de l’artiste Isabelle Gagné, qui sera présenté dès le 8 septembre 2017 dans la Vitrine de TOPO, nous faisons appel à la population pour envoyer ses plus belles photos de paysages québécois sur la plateforme stratotype.ca.

Stratotype digital-ien est un robot informatique autonome (un bot) qui recompose de manière aléatoire les images du paysage québécois. Il a pour fonction de transformer les photos prises par l’artiste et recueillies auprès de citoyens. Aux photos originales, le bot ajoute des extraits d’images de nature géomorphologique similaire trouvées sur Google Image, créant ainsi une nouvelle génération d’images. Les images modifiées créent des occurrences visuelles insolites du territoire québécois sur le web et les moteurs de recherche. Ces nouvelles données produites par le robot contribueront à accroître les archives photographiques du patrimoine québécois sur le web.

La collecte d’images auprès de la population s’amorce avec une résidence de l’artiste aux Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie, organisme avec lequel s’est associé TOPO. Isabelle Gagné sera présente du 17 au 20 août 2017 dans les divers villages hôtes de la Tournée des photographes.

C’est aussi à ce moment que s’ouvrira la plateforme stratotype.ca pour recueillir vos plus belles photos de vacances au Québec! Participez, offrez une photo et soyez assurés que vous ne verrez plus jamais du même œil… le rocher Percé!

Le travail de l’artiste sera présenté lors d’une expo solo dans l’espace Vitrine de TOPO. Soyez des nôtres au vernissage festif de la rentrée au Pôle de Gaspé, le vendredi 8 septembre dès 17 h, où l’artiste sera présente pour recevoir vos images et vous les remettre transformées sous forme de petites impressions.

Le projet trouvera son aboutissement sous forme d’exposition lors de la 9e édition des Rencontres en 2018.

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Isabelle Gagné est une pionnière de l’art mobile au Canada. Illustratrice, designer et artiste pluridisciplinaire, elle se tourne en 2009 vers le iPhone et les appareils mobiles comme principaux médiums d’expression artistique. Elle est cofondatrice du MAM – Mouvement Art Mobile, groupe d’artiste dont le rôle est de promouvoir l’art mobile sous toutes ses formes (art, musique, vidéo, littérature). Elle porte un intérêt particulier au paysage naturel contemporain québécois qu’elle documente au gré de ses déplacements physiques et virtuels.