11 octobre 2018

CULTURE


par 

Paule Mackrous

 

 

Ce mois-ci, la Vitrine de TOPO prend les airs d’un étonnant bric-à-brac! Avec sa cabane en carton et son plant de cannabis projeté sur les 52 pages du projet de loi C-48 (légalisation du cannabis), l’œuvre Culture de Et tu, Machine charge le lieu d’une matérialité et d’une énergie indomptable.

D’entrée de jeu, un texte imprimé sur la vitrine indique qu’il manque à l’installation son élément central. Le plant de cannabis qui devait se retrouver à l’intérieur de la boite de carton n’a jamais passé la porte de l’édifice Pied Carré. À l’aube de la légalisation de la marijuana (en vigueur le 17 octobre 2018), il n’est toujours pas possible d’en posséder un plant. La mise en représentation artistique, de toute évidence, n’échappe pas à l’interdiction.

Culture a déjà un parcours, une histoire : on  a dévié sa trajectoire et cela évoque ce que la loi ne dit pas. Si, dans l’imaginaire commun, la légalisation du cannabis symbolise l’ouverture d’esprit et la reconnaissance d’un mode de vie singulier, les nombreux amendements portés à la nouvelle loi dénotent une tout autre intention. Pensons à celui de laisser aux provinces le choix d’interdire la culture d’un plant de cannabis pour un particulier, par exemple. Et que dire du timbre d’assise servant à identifier le cannabis dit « légal »? Difficile de ne pas y voir là un contrôle exercé sur la production et sur la distribution de la plante à des fins économiques. À ce sujet, les fluctuations des actions de différentes compagnies qui se sont emparées de ce nouveau marché sont diffusées sur un écran.

En règlementant tout ce qui a trait au cannabis, la culture qui l’entoure est, elle aussi, appelée à se modifier. On peut penser au cas de la Californie, pour lequel l’industrie du bien-être s’est emparée du cannabis[i]. Le titre « Culture » doit donc être compris dans les deux sens du terme : comme l’action de cultiver et l’ensemble des manifestations des comportements et des productions culturelles entourant la consommation de la plante. L’un ne va pas sans l’autre. Autour du cannabis s’est déployée une culture musicale, tel que nous l’évoque la trame sonore de l’œuvre diffusée via des écouteurs. De Texas Tea Party de Benny Goodman & his orchestra à Roll another number de Neil Young jusqu’à Addicted d’Amy Winehouse : c’est un univers indocile qui se révèle dans l’expression au sujet de cette drogue douce.

Culture rappelle la nécessité d’un espace de réflexions au sujet de la nouvelle loi et de ses répercussions, en dehors des considérations sur la santé. Devant la quasi-absence d’analyses critiques, Et tu, Machine nous fait voir ce que la loi ne reconnait pas : les insoumis.es, leur histoire, leur culture.

 

[i] Dana Goodyear, « California Makes Marijuana A Wellness Industry », The New Yorker, 31 janvier 2018, tiré de https://www.newyorker.com/culture/photo-booth/california-makes-marijuana-a-wellness-industry