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                                                                                                                                             Texte de Paule Mackrous

 

Un quintette s’active derrière la vitrine. Il est formé de cinq écrans juchés sur des trépieds, à hauteur humaine. On le regarde. Il nous regarde aussi, en quelque sorte, alors que la vitrine nous renvoie notre propre reflet. On définit le quintette comme un ensemble de cinq chanteurs ou musiciens, mais aussi comme une écriture musicale à cinq parties solistes. Avec METAFIVE, Steve Heimbecker met en scène ces deux aspects du quintette tout en les transcendant, offrant un poème en mouvement qui envoute.

Chaque fond d’écran est coloré d’un rouge distinct assurant la singularité des figures anthropomorphiques. La différence de tonalité est subtile, consolidant du même coup l’effet d’unicité de ce petit orchestre qui « joue des mots », littéralement.

À l’occasion d’une performance antérieure ayant pour titre Ripaliper, l’artiste avait rédigé des centaines de jeux de mots sur des cartons. Remixés pour METAFIVE, ils apparaissent successivement et de manière asynchrone sur les cinq écrans. Oscillant entre l’écriture et le dessin, les notes manuscrites dépeignent le rapport au monde et à l’art vécu par l’artiste. On peut rester longuement attaché à l’une d’entre elles, réfléchir sur ses significations. On peut aussi lire les notes d’un écran à l’autre, les envisager comme des « cadavres exquis » et chercher leurs intrications improbables.

Seul le visiteur attentif remarquera que les jeux de mots ne sont pas codés seulement au niveau sémantique : ils renferment un système de notation. Chaque lettre de l’alphabet est associée à une note de la gamme de b mineur. Les mots sont joués simultanément par deux violoncelles, deux pianos et une contrebasse.

L’infrarouge qui devait détecter la présence des visiteurs afin d’activer l’oeuvre n’a pas passé l’épreuve de la vitrine qui la protège. Cela change-t-il vraiment quelque chose? L’interactivité de METAFIVE ne repose pas exclusivement sur ce mécanisme action-réaction. Elle s’en remet bien au contraire sur une mise en branle de notre imagination : là est le véritable déclenchement de l’oeuvre. L’aspect génératif, programmé, est aussi renvoyé du côté du visiteur. C’est lui qui génère les liens entre les mots et, aussi, avec les sons. L’illusion de réseau entre les solistes automates est renforcée par ces mêmes liens imaginés.

La mélodie est inquiétante, dissonante et ses tonalités mineures créent une atmosphère mélancolique. Trop souvent perçue comme un trouble mental ou un état dépressif, la mélancolie est entendue ici dans son sens positif. Aristote croyait qu’elle était l’état par excellence des hommes d’exception. Au Moyen-Âge, elle représente « l’attribut de ceux qui ont le désir de savoir, de méditer, de réfléchir [1]». Voilà ce à quoi nous convie ce concerto infini sur l’art, le monde et le travail de l’artiste : savoir, méditer, réfléchir.

[1] Ursulla Garrigue, « La mélancolie dans l’art », Société, vol4, no. 86, 2004, p.134.

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METAFIVE

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Depuis 2008, Heimbecker a rédigé près de 2000 jeux de mots, calembours et néologismes évoquant le quotidien et les changements de paradigmes de la vie artistique. METAFIVE (2015), après le concert-performance RIPALIPER qui s’est déroulé plus tôt cette année lors de l’événement Sortir de l’écran, propose de remixer les plus récents de ces écrits dans un poème audio-visuel en continu et activé par le passage des visiteurs devant la Vitrine de l’Agence TOPO.

METAFIVE consiste en une installation montrant à voir des centaines de cartes rédigées à la main, présentées de façon asynchrone, sur cinq écrans LCD de 15 pouces. Les lettres des phrases inventées sont traduites en trames sonores par un logiciel associant des thèmes musicaux aux mots et aux phrases. Des échantillons de sons de pianos, de violoncelles et de contrebasses forment une riche mélodie. Mixés in situ, METAFIVE crée une association libre entre les mots et leurs significations, les images et les sons.

Agence TOPO a soutenu la création de ce projet de Steve Heimbecker qui a collaboré avec Étienne Grenier, programmeur MaxMSP.

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Biographie

Steve Heimbecker est un artiste, compositeur et concepteur d’environnements multicanaux immersifs. Sa première composition octophonique a été créée et présentée en 1992 à Calgary, en Alberta. Il a réalisé des conceptions sonores pour 64 canaux audio indépendants. Son travail fait partie de collections publiques telles que le Musée national des beaux-arts du Québec et la Alberta Art Foundation. Il a obtenu de nombreuses bourses du Canada, du Québec, de la Saskatchewan et de l’Alberta. Sur la scène internationale, il a obtenu deux mentions honorables au Prix Ars Electronica (Linz, Autriche) : Art interactif en 2005 et Musique numérique en 2009. Il a remporté le prix du jury Auro 3D 9.1 du concours Mixage FOu 2013 (France). En 2015, Heimbecker a complété son épique série audio-vidéo et installation poétique NOTES lors de son séjour au bétaLAB de Sporobole situé à Sherbrooke, au Québec. L’installation NOTES est composée d’écrans LCD diffusant 56 canaux audio et plus de 1600 images réalisées à partir de textes ou de néologismes. Heimbecker a obtenu la Résidence du Conseil des arts du Canada pour les arts numériques – artiste – compositeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), École des médias – Faculté de communication, pour 2014-2015. La série de concerts produite par Hexagram UQAM, SONIC JELLO : immersion en 64 canaux pour corps, viscères et cerveau, constituait le résultat de cette résidence.   Avec près de 30 années de pratique artistique, Heimbecker a présenté ses installations, performances audio et compositions au Canada, en Europe, à New York et au Pérou, ainsi que lors de résidences d’artistes ou pour des commandes d’œuvres. Il vit et travaille à Sherbrooke.

www.steveheimbecker.net

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Par Paule Mackrous

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On représente la plupart du temps la surveillance par une sorte d’anthropomorphisme : c’est l’humain qui surveille l’autre humain par le truchement d’un dispositif. Or, dans leur article « Invisible Surveillance in Visual Arts [1]» (2012), Katherine et David Barnard-Wills démontrent que nous vivons dans une ère de la dataveillance. Celle-ci est définie comme l’« utilisation systématique de nos systèmes de données personnelles dans le but de surveiller ou de contrôler les actions d’une ou plusieurs personnes [2] ». Si les auteurs de ce brillant article voient une opposition entre la surveillance du corps et celle des données, l’œuvre make-A-move de Pat Badani réconcilie ces deux aspects et aborde, par là, la complexité des enjeux liés à la surveillance.

Deux visages sur des écrans encastrés dans un mur rouge réagissent au passage des visiteurs et travailleurs de l’immeuble du Pôle de Gaspé. La vitrine n’est plus cet espace conçu afin de rendre visible, depuis la voie publique, ce qui se déroule à l’intérieur d’un commerce ou d’une galerie. Opaque, elle sculpte désormais l’espace public lui-même avec les regards curieux, apeurés ou discrets des visages qui occupent sa surface. Ce sont alors les visiteurs qui se retrouvent dans le grand aquarium que représente l’espace public sous l’égide de la surveillance. Les senseurs captent notre présence et nos mouvements ; ils réagissent plus fortement à certaines couleurs de vêtement. Le captage de nos données, par sa dimension cachée, entraine ce que Georgio Agamben appelle la désubjectivation[3]. Il vise à contrôler l’être humain plutôt qu’à créer de nouvelles subjectivités. Seulement, ici, l’animation des portraits photographiques, par son caractère saccadé et répétitif, ne leurre pas : nous savons qu’il y a là un processus technologique, voire algorithmique. Le dispositif rendu en partie visible permet de nous amuser avec celui-ci en nous approchant ou en nous éloignant de lui. On peut lui échapper, aussi. Bref, il nous permet de tester ses limites. Ainsi, nous découvrons que les regards ne peuvent traquer qu’une personne à la fois et qu’ils privilégient la proximité. Nous devinons que le reflet de la vitre parasite le bon fonctionnement du dispositif. Ce sont précisément ces « failles » qui incitent à la participation ; cette participation qui, pour paraphraser le critique américain Howard Rheingold, est un véritable antidote au contrôle et à la surveillance[4].

Avec make-A-move, c’est le potentiel créatif et ludique de la surveillance qui est mis en scène. La possibilité d’une subjectivité au sein de ce processus est, quant à elle, ravivée par les portraits en gros plan et la distance intime qu’ils imposent. Par cette œuvre participative, Pat Badani nous convie à penser la surveillance comme quelque chose qui peut être réapproprié afin de façonner un espace public à l’avantage de ses multiples singularités.

 

[1] Katherine et David Barnard-Wills (2012). « Invisible Surveillance in Visual Art », Surveillance & Society, UK, no10, pp.204-214.

[2] Traduction de l’auteure. Ibid., p.206

[3] Agamben, Giorgio. (2006). Qu’est-ce qu’un dispositif? Paris : Payot

[4] Roland Piquepaille. (2006). « Howard Rheingold About Our Mobile World », ZDNet, http://www.zdnet.com/article/howard-rheingold-about-our-mobile-world/, consulté le 11 novembre 2015.

 

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NY2015

Agence TOPO est fière de faire partie de la délégation Quebec Digital Arts in NYC. L’évènement est organisé dans le cadre des festivités entourant le 75e anniversaire de la Délégation générale du Québec à New York, du 22 au 24 octobre 2015. Agence TOPO fait partie d’une mission organisée par le CQAM pour développer les marchés et publics de la famille des arts numériques. Découvrez toute la programmation sur l’appli #QDANYC :
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