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Texte de Paule Mackrous
Janvier 2016

 

C’est avec une massue et un burin dans les mains qu’Oli Sorenson lance son exposition dans la vitrine de l’Agence TOPO. Deux écrans sont placés derrière la vitre : l’un est le réceptacle du geste performatif consistant à briser l’écran en plusieurs endroits, l’autre présente la documentation des multiples configurations générées par une telle action. Entre les deux se trouvent les objets contondants utilisés par l’artiste.

D’entrée de jeu, le titre oriente l’interprétation : il s’agit d’un remix des œuvres performatives de Michelangelo Pistoletto. Dans ses performances récentes, l’artiste issu du mouvement de l’Arte Povera fracasse de grands miroirs avec à une massue. Par le miroir fragmenté, Pistoletto propose un autoportrait social révélant l’interconnexion entre les gens : « Each shard still has the same reflecting quality as the whole mirror » raconte-t-il, « so all mirrors are connected, smashed or intact, just as all humans share the same basic DNA[1]».

Tel que l’écrit Campanelli, « remix is not only allegorical, but is also dependent on history to be effective [2]». Le remix conserve en partie le sens de l’œuvre appropriée à partir duquel de nouvelles significations peuvent émerger. Sorenson s’approprie le geste qui mène à la cassure, mais troque la surface réflexive pour un écran LCD. L’effet et le message s’en voient inévitablement transformés. D’une part, le geste est attentif, contrôlé, l’artiste prenant soin de ne pas rompre la pellicule de plastique contenant les cristaux liquides. On s’éloigne ainsi de l’effet spectaculaire qu’engendre le bruit et le dispersement des éclats d’un miroir brisé violemment. D’autre part, la télévision, miroir déformant et lieu de toutes les projections identitaires, est entièrement détournée de sa fonction initiale. On ne peut plus fuir dans le monde de fiction de l’écran, on est forcés de s’attarder à sa surface, là où se sont cristallisés des petits feux d’artifice. Ce sont, en quelque sorte, les signatures de l’artiste. L’objet industriel devient unique. Par là, Video Pistoletto révèle une interconnexion profonde entre deux pulsions contradictoires qui forgent notre rapport au monde : la destruction et la création. Le geste de Sorenson donne une seconde vie à l’écran LCD, une technologie vouée, comme toutes les autres, à l’obsolescence. L’écran altéré, devenu œuvre d’art, trouvera idéalement sa place chez un collectionneur plutôt que dans un dépotoir.

Oli Sorenson reviendra avec son burin et sa massue plusieurs fois durant l’exposition pour laisser ses empreintes lumineuses et faire apparaitre les qualités intrinsèques de l’objet. Ce geste transformateur et conscient des enjeux environnementaux actualise de manière percutante la célèbre formule de Debord : « Nous ne voulons plus travailler au spectacle de la fin du monde, mais à la fin du monde du spectacle ».

 

[1] Jonathan Jones, « Michelangelo Pistoletto : the Artist With a Smashing Way to Save the World », The Guardian, 28 Mai 2014, tiré de http://www.theguardian.com/artanddesign/2014/may/28/pistoletto-arte-povera-mirror-smasher-eco-houses-interview

[2] Vito Campanelli, Web Aesthetics : How Digital Media Affect Culture and Society, Institute of Network Cultures, Rotterdam, 2010, p. 163.

 

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Atelier professionnel sur le développement d’applications artistiques
Maison Notman /
3 février – 13 h à 16 h

Soirée de performances
Sortir de l’écran / Spoken Screen
Programme double avec Alexis O’Hara
La Vitrola / 4 février – 20 h

Atelier d’expérimentation
Les mots dans l’espace / Words in Space
Agence TOPO / 6 et 7 février – 10 h à 16 h

 

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L’Agence TOPO annonce la venue au Québec de l’artiste autrichien Jörg Piringer, poète médiatique et développeur d’applications, pour une série d’ateliers et de performances entre le 3 et le 7 février 2016.

Piringer est un poète, musicien et programmeur dont la pratique oscille entre le langage, la littérature, la poésie graphique et sonore et les technologies de l’information. En 2015, le Service des arts et de la culture de la chancellerie d’Autriche lui décernait le prix de l’artiste exceptionnel de l’année en arts médiatiques.

Son programme d’activités à Montréal comprend un atelier professionnel dédié aux développeurs d’applications pour iOS, Apple Watch et OSX, le 3 février à la maison Notman ; une performance à la Vitrola, le 4 février, avec la poète performeuse montréalaise Alexis O’Hara, dans le cadre de la série de performances médiatiques Sortir de l’écran / Spoken Screen ; une fin de semaine d’atelier les 6 et 7 février, à l’Agence TOPO, pour les artistes intéressés à expérimenter avec les outils et méthodes de Jörg Piringer. Cet atelier d’expérimentation avec le texte s’inscrit dans le cadre du programme Les mots dans l’espace / Words in Space que l’Agence TOPO organise annuellement avec des artistes invité(e)s. Jörg Piringer participera le 3 février à la 3e édition des rendez-vous COMPOSITE – forum de la créativité numérique, un lieu de rencontre et de réseautage entre artistes et entrepreneurs où sont présentés brièvement par leurs promoteurs une dizaine de projets novateurs récents ou en cours de développement.

 

jörg piringer  

[digital sound visual interactive poetry etc.]

http://joerg.piringer.net

Né en 1974, Jörg Piringer vit et travaille en Autriche. Ses œuvres explorent l’intelligibilité et l’abstraction à travers la vidéo, le son, l’installation, la performance et la net-litterature de l’Internet. Il utilise les codes du langage écrit et parlé des médias de masse comme une expérience personnelle lui permettant d’amplifier son idée que la poésie est aussi un processus d’information.

Il détient une maitrise en informatique et il est membre de l’Institut de recherche Transacoustic et du Vegetable Orchestra.

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Mercredi 3 février – 13 h à 16 h
Maison Notman – 51, rue Sherbrooke Ouest
Atelier sur le développement d’applications artistiques pour iOS, Apple Watch et OSX.
Entrée gratuiteinscription obligatoire : diffusion@agencetopo.qc.ca

Jörg Piringer est un artiste des arts numériques et de la programmation. Il travaille comme artiste indépendant et chercheur dans les domaines de la musique électronique, de l’art radiophonique et sonore et de la poésie visuelle électronique en plus de développer des applications pour les communautés en ligne, le spectacle vivant, l’installation sonore, les jeux informatiques et l’art vidéo. Lors de son atelier à la Maison Notman, Piringer présentera les enjeux techniques liés à la création et à la diffusion des applications qu’il a créées, dont :

unimator // utilise l’ensemble des caractères typographiques disponibles sur les différents supports numériques – tels que Smileys, Émoticons, caractères, symboles et scripts – pour créer de l’art ASCII composé des textes et d’animations.
https://vimeo.com/98533520

tiny poems // diffuse de la poésie minimaliste dans des appareils mobiles comme l’IWatch, le iPhone et l’iPad . Les poèmes proposent des textes courts et dynamiques pour l’écran et le poignet, qui reflètent le temps et la vanité. Ils changent constamment au rythme du temps qui passe.
https://vimeo.com/125372194

unicode infinite // est une installation vidéo de texte interactif et génératif. L’application anime les caractères multilingues de base de la norme unicode et compose une installation vidéo de textes polyphoniques.

konsonant // joue avec les lettres et les sons, construit des machines acoustiques, contrôle la formation de nuages (clouds) et permet l’expérimentation avec l’alphabet en dessinant des lignes et des réseaux acoustiques.
Application primée  au App Art Award 2012.
https://vimeo.com/38471196

Voici d’autres applications artistiques créées par Piringer
RealBeat http://www.apps.piringer.net/realbeat.php
gravity clock http://www.apps.piringer.net/gravity-clock.php
abcdefgh…http://www.apps.piringer.net/abcdefg.php
RealBeat for Mac http://www.apps.piringer.net/realbeat-mac.php

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Jeudi 4 février 20 h
La Vitrola – 4602, Boul. St-Laurent
Sortir de l’écran / Spoken Screen Soirée de performances médiatiques
Jörg Piringer (Autriche) darkvoice
Alexis O’Hara (Montréal) Spoken Noise
Entrée : 10 $ / 5 $ (membres de l’Agence TOPO)

darkvoice est un texte-performance audiovisuel et électronique basé sur la langue parlée en cette ère de surveillance permanente et globale. Par analogie aux langages historiques secrets tels que le rotwelsch allemand ou l’argot français, la performance questionne la construction d’un langage électronique ne pouvant être compris : darkvoice.

darkvoice évoque le côté sombre d’un langage, le code-talkeur que personne ne parle ou comprend, car ce langage n’existe pas. darkvoice évoque l’autocensure ultime, le message indéchiffrable. darkvoice est le son d’un nouvel ordre mondial, la langue privée de l’Internet. 

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Samedi 6 et dimanche 7 février – 10 h à 17 h
Agence TOPO – 5445, av. de Gaspé, espace 608
Les mots dans l’espace / Words in Space
Atelier d’expérimentation avec les outils et méthodes de Jörg Piringer
Sur inscription seulement50 $ / personne

Avec Les mots dans l’espace / Words in Space, l’Agence TOPO invite des chercheurs et des praticiens de la littérature numérique afin de contribuer au développement d’une expertise en spacialisation du texte et de la littérature dans les espaces physques et virtuels.

Lors de cet atelier, les participants travailleront sur l’idéation, la création et la performance médiatique à partir de la poésie ou du texte. Ils utiliseront des logiciels simples et des dispositifs pour manipuler, réorganiser et modifier leur propre voix dans le but d’en arriver à une performance en direct et de créer du texte visuel. 

Cet atelier ne nécessite pas de connaissances en informatique ou autre technologie, simplement de savoir écrire et de parler.

Les participants ont besoin d’un ordinateur portable

Inscription obligatoire. Places limitées.
Info : Agence TOPO / 514 279-8676
diffusion@agencetopo.qc.ca

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Inbox-1De gauche à droite :  Cartographie ré-imaginée de Dominic Ferraton et Maia Iotzova
Breach de Johann Baron Lanteigne et ARRAY de Lucas Paris

INVITATION
LABSESSIONS #9

 

La Société des arts technologiques (SAT), en collaboration avec le Conseil québécois des arts médiatiques (CQAM), l’Agence TOPO, Eastern Bloc, ELEKTRA-BIAN, le Labo NT2, OBORO, PRIM, Studio XX et Vidéographe sont fiers de présenter la neuvième soirée Labsessions qui se déroulera le jeudi 21 janvier 2016 de 17 h à 20 h à Studio XX. Lire la suite »

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                                                                                                                                             Texte de Paule Mackrous

 

Un quintette s’active derrière la vitrine. Il est formé de cinq écrans juchés sur des trépieds, à hauteur humaine. On le regarde. Il nous regarde aussi, en quelque sorte, alors que la vitrine nous renvoie notre propre reflet. On définit le quintette comme un ensemble de cinq chanteurs ou musiciens, mais aussi comme une écriture musicale à cinq parties solistes. Avec METAFIVE, Steve Heimbecker met en scène ces deux aspects du quintette tout en les transcendant, offrant un poème en mouvement qui envoute.

Chaque fond d’écran est coloré d’un rouge distinct assurant la singularité des figures anthropomorphiques. La différence de tonalité est subtile, consolidant du même coup l’effet d’unicité de ce petit orchestre qui « joue des mots », littéralement.

À l’occasion d’une performance antérieure ayant pour titre Ripaliper, l’artiste avait rédigé des centaines de jeux de mots sur des cartons. Remixés pour METAFIVE, ils apparaissent successivement et de manière asynchrone sur les cinq écrans. Oscillant entre l’écriture et le dessin, les notes manuscrites dépeignent le rapport au monde et à l’art vécu par l’artiste. On peut rester longuement attaché à l’une d’entre elles, réfléchir sur ses significations. On peut aussi lire les notes d’un écran à l’autre, les envisager comme des « cadavres exquis » et chercher leurs intrications improbables.

Seul le visiteur attentif remarquera que les jeux de mots ne sont pas codés seulement au niveau sémantique : ils renferment un système de notation. Chaque lettre de l’alphabet est associée à une note de la gamme de b mineur. Les mots sont joués simultanément par deux violoncelles, deux pianos et une contrebasse.

L’infrarouge qui devait détecter la présence des visiteurs afin d’activer l’oeuvre n’a pas passé l’épreuve de la vitrine qui la protège. Cela change-t-il vraiment quelque chose? L’interactivité de METAFIVE ne repose pas exclusivement sur ce mécanisme action-réaction. Elle s’en remet bien au contraire sur une mise en branle de notre imagination : là est le véritable déclenchement de l’oeuvre. L’aspect génératif, programmé, est aussi renvoyé du côté du visiteur. C’est lui qui génère les liens entre les mots et, aussi, avec les sons. L’illusion de réseau entre les solistes automates est renforcée par ces mêmes liens imaginés.

La mélodie est inquiétante, dissonante et ses tonalités mineures créent une atmosphère mélancolique. Trop souvent perçue comme un trouble mental ou un état dépressif, la mélancolie est entendue ici dans son sens positif. Aristote croyait qu’elle était l’état par excellence des hommes d’exception. Au Moyen-Âge, elle représente « l’attribut de ceux qui ont le désir de savoir, de méditer, de réfléchir [1]». Voilà ce à quoi nous convie ce concerto infini sur l’art, le monde et le travail de l’artiste : savoir, méditer, réfléchir.

[1] Ursulla Garrigue, « La mélancolie dans l’art », Société, vol4, no. 86, 2004, p.134.

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METAFIVE

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Depuis 2008, Heimbecker a rédigé près de 2000 jeux de mots, calembours et néologismes évoquant le quotidien et les changements de paradigmes de la vie artistique. METAFIVE (2015), après le concert-performance RIPALIPER qui s’est déroulé plus tôt cette année lors de l’événement Sortir de l’écran, propose de remixer les plus récents de ces écrits dans un poème audio-visuel en continu et activé par le passage des visiteurs devant la Vitrine de l’Agence TOPO.

METAFIVE consiste en une installation montrant à voir des centaines de cartes rédigées à la main, présentées de façon asynchrone, sur cinq écrans LCD de 15 pouces. Les lettres des phrases inventées sont traduites en trames sonores par un logiciel associant des thèmes musicaux aux mots et aux phrases. Des échantillons de sons de pianos, de violoncelles et de contrebasses forment une riche mélodie. Mixés in situ, METAFIVE crée une association libre entre les mots et leurs significations, les images et les sons.

Agence TOPO a soutenu la création de ce projet de Steve Heimbecker qui a collaboré avec Étienne Grenier, programmeur MaxMSP.

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Biographie

Steve Heimbecker est un artiste, compositeur et concepteur d’environnements multicanaux immersifs. Sa première composition octophonique a été créée et présentée en 1992 à Calgary, en Alberta. Il a réalisé des conceptions sonores pour 64 canaux audio indépendants. Son travail fait partie de collections publiques telles que le Musée national des beaux-arts du Québec et la Alberta Art Foundation. Il a obtenu de nombreuses bourses du Canada, du Québec, de la Saskatchewan et de l’Alberta. Sur la scène internationale, il a obtenu deux mentions honorables au Prix Ars Electronica (Linz, Autriche) : Art interactif en 2005 et Musique numérique en 2009. Il a remporté le prix du jury Auro 3D 9.1 du concours Mixage FOu 2013 (France). En 2015, Heimbecker a complété son épique série audio-vidéo et installation poétique NOTES lors de son séjour au bétaLAB de Sporobole situé à Sherbrooke, au Québec. L’installation NOTES est composée d’écrans LCD diffusant 56 canaux audio et plus de 1600 images réalisées à partir de textes ou de néologismes. Heimbecker a obtenu la Résidence du Conseil des arts du Canada pour les arts numériques – artiste – compositeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), École des médias – Faculté de communication, pour 2014-2015. La série de concerts produite par Hexagram UQAM, SONIC JELLO : immersion en 64 canaux pour corps, viscères et cerveau, constituait le résultat de cette résidence.   Avec près de 30 années de pratique artistique, Heimbecker a présenté ses installations, performances audio et compositions au Canada, en Europe, à New York et au Pérou, ainsi que lors de résidences d’artistes ou pour des commandes d’œuvres. Il vit et travaille à Sherbrooke.

www.steveheimbecker.net